Chapitre suivant

Les racines de l'unité et la forme trigonométrique

Dans le chapitre précédent, nous avons découvert les nombres complexes à partir d'une figure géométrique. Nous avons rencontré les nombres \[ 1,\quad J,\quad J^2 \] et nous avons montré que \[ J^3=1. \] Ces trois nombres apparaissent naturellement comme les sommets d'un triangle équilatéral inscrit dans le cercle unité. Mais de nombreuses questions restent ouvertes. Pourquoi ces trois points sont-ils répartis de manière parfaitement régulière ? Pourquoi le nombre \(J\) joue-t-il un rôle si particulier ? Et existe-t-il d'autres familles de nombres présentant les mêmes propriétés ? Nous allons progressivement répondre à ces questions.

1. Retour sur les nombres 1, J et J²

Rappel

Nous avons obtenu les trois nombres :

\[ 1 \] \[ J= -\frac12 + i\frac{\sqrt3}{2} \] \[ J^2= -\frac12 - i\frac{\sqrt3}{2} \]

et nous avons démontré que :

\[ J^3=1 \]
Conséquence

Le calcul des puissances successives de \(J\) donne :

\[ J^0=1 \] \[ J^1=J \] \[ J^2=J^2 \] \[ J^3=1 \] \[ J^4=J \] \[ J^5=J^2 \] \[ J^6=1 \]

Le phénomène recommence indéfiniment.

Observation

Les puissances de \(J\) forment un cycle de longueur 3.

Après trois multiplications, nous revenons exactement au point de départ.

2. Une symétrie remarquable

Comparaison de J et J²
\[ J= -\frac12 + i\frac{\sqrt3}{2} \] \[ J^2= -\frac12 - i\frac{\sqrt3}{2} \]

Les parties réelles sont identiques.

Les parties imaginaires sont opposées.

Conclusion

Le nombre \(J^2\) est le conjugué du nombre \(J\).

\[ \boxed{ J^2=\overline J } \]
Interprétation géométrique

Dans le plan complexe, les points représentant \(J\) et \(J^2\) sont symétriques par rapport à l'axe réel.

14. Une observation surprenante

Le carré de J

Nous avons obtenu :

\[ J= \cos \left( \frac{2\pi}{3} \right) + i \sin \left( \frac{2\pi}{3} \right) \]

Calculons maintenant \(J^2\).

\[ J^2= \left( \cos \frac{2\pi}{3} + i\sin \frac{2\pi}{3} \right)^2 \]

Or nous savons déjà que :

\[ J^2= \cos \frac{4\pi}{3} + i \sin \frac{4\pi}{3} \]
Observation

Lorsque l'on élève \(J\) au carré, l'angle est lui aussi multiplié par \(2\).

\[ \frac{2\pi}{3} \longrightarrow \frac{4\pi}{3} \]

15. Et pour le cube ?

Calcul
\[ J^3 = \left( \cos \frac{2\pi}{3} + i\sin \frac{2\pi}{3} \right)^3 \]
Résultat connu
\[ J^3=1 \] Or \[ 1= \cos(2\pi)+i\sin(2\pi) \] Ainsi : \[ J^3= \cos(2\pi) +i\sin(2\pi) \]
Nouvelle observation

L'angle

\[ \frac{2\pi}{3} \]

a été multiplié par

\[ 3 \]

pour devenir

\[ 2\pi \]

16. Une conjecture

Question

Ne serait-il pas vrai que :

\[ (\cos\theta+i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta) \]

pour tout entier naturel \(n\) ?

Cette propriété sera démontrée plus tard.

17. Une écriture encore plus simple

Forme exponentielle

Pour alléger les écritures, on note :

\[ e^{i\theta} = \cos\theta+i\sin\theta \]
Application à J
\[ J = e^{i\frac{2\pi}{3}} \] \[ J^2 = e^{i\frac{4\pi}{3}} \] \[ J^3 = e^{i2\pi} = 1 \]

18. Les solutions de z³=1 revisitées

z3 - 1 = (z - 1)(z2 + z + 1)

3. Les trois points sur le cercle unité

Observation

Les trois nombres

\[ 1,\quad J,\quad J^2 \]

ont tous pour module :

\[ 1 \]

Ils appartiennent donc au cercle de centre \(O\) et de rayon \(1\).

1 J O
Remarque

Les trois points semblent partager le cercle en trois parties égales.

4. Les angles associés à J

Lecture de la figure

Le point \(1\) est situé sur l'axe réel positif.

Son angle est :

\[ 0 \]

Le point \(J\) correspond à un angle de :

\[ \frac{2\pi}{3} \]

Le point \(J^2\) correspond à un angle de :

\[ \frac{4\pi}{3} \]
\( \frac{2\pi}{3} \) \( \frac{2\pi}{3} \) \( \frac{2\pi}{3} \) 1 J
Conclusion

Le cercle complet correspond à l'angle :

\[ 2\pi \]

Les trois points partagent donc le cercle en trois arcs égaux.

Chaque arc correspond à :

\[ \boxed{ \frac{2\pi}{3} } \]

5. Une nouvelle écriture de J

Les coordonnées de J
\[ J= -\frac12 + i\frac{\sqrt3}{2} \]

Or nous savons que :

\[ \cos \left( \frac{2\pi}{3} \right) = -\frac12 \] \[ \sin \left( \frac{2\pi}{3} \right) = \frac{\sqrt3}{2} \]
Découverte

Nous pouvons réécrire \(J\) sous la forme :

\[ \boxed{ J= \cos \left( \frac{2\pi}{3} \right) + i \sin \left( \frac{2\pi}{3} \right) } \]
Nouvelle idée

Cette écriture fait apparaître directement la position du point sur le cercle.

Elle sera appelée forme trigonométrique.

6. Écriture trigonométrique de J²

Rappel
\[ J^2= -\frac12 - i\frac{\sqrt3}{2} \]

Nous reconnaissons :

\[ \cos \left( \frac{4\pi}{3} \right) = -\frac12 \] \[ \sin \left( \frac{4\pi}{3} \right) = -\frac{\sqrt3}{2} \]
Résultat
\[ \boxed{ J^2= \cos \left( \frac{4\pi}{3} \right) + i \sin \left( \frac{4\pi}{3} \right) } \]
Observation

Le nombre \(J^2\) correspond à un angle double de celui de \(J\).

En effet :

\[ 2\times\frac{2\pi}{3} = \frac{4\pi}{3} \]

7. Une relation remarquable

Retour à l'équation

Nous savons que \(J\) est solution de :

\[ x^2+x+1=0 \]

En remplaçant \(x\) par \(J\), nous obtenons :

\[ J^2+J+1=0 \]
Relation fondamentale
\[ \boxed{ 1+J+J^2=0 } \]
Conséquence
\[ J+J^2=-1 \]

Cette relation intervient très souvent dans les exercices sur les nombres complexes.

8. Une interprétation géométrique

Addition vectorielle

Les nombres complexes peuvent être vus comme des vecteurs du plan.

La relation

\[ 1+J+J^2=0 \]

signifie que la somme des trois vecteurs est nulle.

Lecture géométrique

Les trois vecteurs associés à

\[ 1,\quad J,\quad J^2 \]

forment un équilibre parfait.

C'est une conséquence directe de leur répartition régulière sur le cercle unité.

9. Retour sur l'équation z³ = 1

Question

Quels sont les nombres complexes dont le cube vaut 1 ?

\[ z^3=1 \]
Première solution
\[ 1^3=1 \]

Le nombre \(1\) est donc une solution.

Deuxième solution
\[ J^3=1 \]

Le nombre \(J\) est également une solution.

Troisième solution
\[ (J^2)^3 = J^6 = (J^3)^2 = 1 \]

Le nombre \(J^2\) est aussi une solution.

Les trois solutions
\[ \boxed{ 1,\quad J,\quad J^2 } \]

10. Une figure remarquable

Observation

Les trois solutions de

\[ z^3=1 \]

sont situées sur le cercle unité.

Elles forment les sommets d'un triangle équilatéral.

On les appelle les racines cubiques de l'unité.

Question naturelle

Si trois solutions forment un triangle équilatéral, que se passera-t-il pour

\[ z^4=1 \]

?

Obtiendrons-nous un carré ?

11. Les solutions de z⁴ = 1

Recherche des solutions

Nous cherchons tous les nombres complexes vérifiant :

\[ z^4=1 \]

Commençons par quelques nombres connus.

\[ 1^4=1 \] \[ i^4=(i^2)^2=(-1)^2=1 \] \[ (-1)^4=1 \] \[ (-i)^4=1 \]
Les quatre solutions
\[ \boxed{ 1,\quad i,\quad -1,\quad -i } \]

12. Représentation géométrique

Observation

Les quatre solutions appartiennent au cercle unité.

Elles sont réparties régulièrement sur le cercle.

Les angles sont :

\[ 0 \] \[ \frac{\pi}{2} \] \[ \pi \] \[ \frac{3\pi}{2} \]
1 i -1 -i O
Conclusion

Les solutions de

\[ z^4=1 \]

forment les sommets d'un carré inscrit dans le cercle unité.

13. Comparaison avec z³ = 1

Comparaison

Pour l'équation

\[ z^3=1 \]

nous avons obtenu un triangle équilatéral.

Pour l'équation

\[ z^4=1 \]

nous obtenons un carré.

Question

Que se passera-t-il pour

\[ z^5=1 \]

?

Obtiendrons-nous un pentagone régulier ?

19. Théorème général des racines de l'unité

Théorème et définition

Pour tout entier naturel non nul \(n\), l'équation

\[ z^n=1 \]

admet exactement \(n\) solutions complexes distinctes données par :

\[ z_k= e^{i\frac{2k\pi}{n}} \qquad (k=0,1,\ldots,n-1) \]

Ces solutions sont appelées racines n-ièmes de l'unité.

20. Application au cas n = 3

Les racines cubiques de l'unité

Pour \(n=3\), le théorème donne :

\[ z_0=e^{i0}=1 \] \[ z_1=e^{i\frac{2\pi}{3}}=J \] \[ z_2=e^{i\frac{4\pi}{3}}=J^2 \]

Les solutions de

\[ z^3=1 \]

sont donc :

\[ \boxed{ 1,\quad J,\quad J^2 } \]

21. Retrouvons l'équation z²+z+1=0

Factorisation
\[ z^3-1 = (z-1)(z^2+z+1) \]

Les solutions de

\[ z^3=1 \]

sont :

\[ 1,\quad J,\quad J^2 \]

Le facteur \(z-1\) fournit la solution \(z=1\).

Les deux autres solutions doivent donc annuler le second facteur.

Conséquence

Les nombres

\[ J \quad\text{et}\quad J^2 \]

sont exactement les solutions de :

\[ z^2+z+1=0 \]

Ainsi, l'équation qui a permis de découvrir \(J\) apparaît naturellement comme une conséquence de l'étude des racines cubiques de l'unité.