Chapitre 1

Initiation aux Nombres Complexes

Les nombres complexes constituent une extension de l'ensemble des nombres réels. Ils permettent de résoudre des équations qui n'admettent aucune solution dans ℝ.

I. Pourquoi introduire les nombres complexes ?

Situation problème

Considérons l'équation :

\[ x^2+3x-4=0 \]

Son discriminant est :

\[ \Delta=25 \]

Cette équation possède deux solutions réelles :

\[ x_1=1 \qquad ; \qquad x_2=-4 \]

Considérons maintenant :

\[ x^2+3x+4=0 \]

Son discriminant est :

\[ \Delta=-7 \]

Le discriminant est négatif. Aucun nombre réel n'a pour carré −7.

Il devient donc nécessaire d'introduire un nouvel ensemble de nombres.

II. L'unité imaginaire

Définition

On introduit un nouveau nombre noté \(i\), appelé unité imaginaire.

\[ i^2=-1 \]

Ce nombre n'appartient pas à l'ensemble des nombres réels.

\[ i \notin \mathbb{R} \]
Exemple

Grâce à l'unité imaginaire, on peut écrire :

\[ \sqrt{-7}=i\sqrt7 \]

III. Forme algébrique d'un nombre complexe

Définition

Tout nombre complexe s'écrit sous la forme :

\[ z=a+bi \]

où \(a\) et \(b\) sont deux nombres réels.

Partie réelle et partie imaginaire

Pour \(z=a+bi\) :

\[ \operatorname{Re}(z)=a \] \[ \operatorname{Im}(z)=b \]
Exemples
Nombre complexe Partie réelle Partie imaginaire
\(3+2i\) 3 2
\(-5+i\) -5 1
\(4\) 4 0
\(-7i\) 0 -7
À retenir

Un nombre complexe est réel si sa partie imaginaire est nulle.

Un nombre complexe est imaginaire pur si sa partie réelle est nulle.

\[ \mathbb{R}\subset\mathbb{C} \]

IV. Calculs dans \(\mathbb C\)

Addition
\[ (a+bi)+(c+di) = (a+c)+(b+d)i \]
Multiplication
\[ (a+bi)(c+di) = (ac-bd)+(ad+bc)i \]
Exemple
\[ (2-3i)(4+5i) \] \[ =8+10i-12i+15 \] \[ =23-2i \]
Identités remarquables
\[ (a+ib)^2 = a^2-b^2+2abi \]

\[ (a-ib)^2 = a^2-b^2-2abi \]

\[ (a+ib)(a-ib) = a^2+b^2 \]
Mise sous forme algébrique
\[ z= \frac{2+3i}{3-4i} \]

On multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur.

\[ z= \frac{(2+3i)(3+4i)} {(3-4i)(3+4i)} \] \[ z= \frac{-6+17i}{25} \] \[ z= -\frac6{25} + \frac{17}{25}i \]

V. Représentation géométrique des nombres complexes

Affixe d'un point

Dans un repère orthonormé \((O;\vec i,\vec j)\), à tout point \(M(a,b)\), on associe le nombre complexe :

\[ z_M=a+ib \]

Ce nombre complexe est appelé affixe du point M.

M(a,b) x y
À retenir

Un point possède une position unique dans le plan. Son affixe permet de repérer cette position.

VI. Affixe d'un vecteur

Définition

Soit :

\[ \vec u= \begin{pmatrix} a\\ b \end{pmatrix} \]

Son affixe est :

\[ \operatorname{aff}(\vec u)=a+ib \]
Observation

Deux vecteurs ayant les mêmes coordonnées possèdent la même affixe, même s'ils ne sont pas placés au même endroit.

VII. Affixe du vecteur \(\overrightarrow{AB}\)

Propriété fondamentale

Soient :

\[ z_A=a+ib \] \[ z_B=c+id \]

Alors :

\[ \boxed{ \operatorname{aff}(\overrightarrow{AB}) = z_B-z_A } \]
Justification
\[ z_B-z_A =(c+id)-(a+ib) \] \[ =(c-a)+i(d-b) \]

Or les coordonnées de \(\overrightarrow{AB}\) sont :

\[ \begin{pmatrix} c-a\\ d-b \end{pmatrix} \]

On retrouve donc exactement son affixe.

VIII. Milieu d'un segment

Propriété

Si \(I\) est le milieu du segment \([AB]\), alors :

\[ \boxed{ z_I= \frac{z_A+z_B}{2} } \]

IX. Propriétés des affixes

Multiplication par un réel
\[ \operatorname{aff}(\alpha\vec u) = \alpha\,\operatorname{aff}(\vec u) \]
Somme de deux vecteurs
\[ \operatorname{aff}(\vec u+\vec v) = \operatorname{aff}(\vec u) + \operatorname{aff}(\vec v) \]

X. Centre de gravité d'un triangle

Théorème

Si \(G\) est le centre de gravité du triangle \(ABC\), alors :

\[ z_G= \frac{z_A+z_B+z_C}{3} \]
Exemple
\[ z_A=1+i \] \[ z_B=3+6i \] \[ z_C=5+2i \]

Alors :

\[ z_G= \frac{(1+i)+(3+6i)+(5+2i)}{3} \] \[ z_G= \frac{9+9i}{3} \] \[ \boxed{ z_G=3+3i } \]

XI. Distance entre deux points

Formule

Soient deux points \(A\) et \(B\) d'affixes respectives \(z_A=a+ib\) et \(z_B=c+id\).

La distance \(AB\) est :

\[ AB= \sqrt{ (c-a)^2+(d-b)^2 } \]
Exemple
\[ z_A=1+i \] \[ z_B=5+4i \] \[ AB= \sqrt{(5-1)^2+(4-1)^2} \] \[ AB= \sqrt{16+9} \] \[ AB=5 \]

XII. Longueur d'un vecteur

Norme
\[ \vec u= \begin{pmatrix} a\\ b \end{pmatrix} \]

La longueur du vecteur est :

\[ ||\vec u|| = \sqrt{a^2+b^2} \]
Lien avec l'affixe
\[ \operatorname{aff}(\vec u)=a+ib \] \[ ||\vec u|| = \sqrt{ (\operatorname{Re}(z))^2 + (\operatorname{Im}(z))^2 } \]

XIII. Le conjugué d'un nombre complexe

Définition
\[ z=a+ib \]

Le conjugué de \(z\) est :

\[ \boxed{ \overline z=a-ib } \]
Exemple
\[ z=4+3i \] \[ \overline z=4-3i \]
Interprétation géométrique

Le point d'affixe \(\overline z\) est le symétrique du point d'affixe \(z\) par rapport à l'axe réel.

XIV. Le nombre complexe \(j\)

Définition
\[ j= \frac{-1+i\sqrt3}{2} \]

Le nombre \(j\) est une racine cubique de l'unité.

Propriétés
\[ j^3=1 \] \[ 1+j+j^2=0 \]

XV. Exercice d'application

Énoncé

On considère les points d'affixes :

\[ A(1) \] \[ B(j) \] \[ C(j^2) \]

Montrer que le triangle \(ABC\) est équilatéral.

Indication

Les trois points appartiennent au cercle trigonométrique et sont répartis régulièrement.

L'angle entre deux sommets consécutifs vaut :

\[ 120^\circ \]

Synthèse du chapitre

À retenir